Interview

Kaïs Melliti


Encore inconnu aux yeux du public tunisien, Kaïs Melliti, jeune musicien d’origine djerbienne, cultivant son art en France, possède à son actif un étonnant palmarès de collaborations musicales avec des artistes de renommée internationale. Auteur, compositeur, interprète et arrangeur, pour vous, le récit de ce jeune talent lors de son passage éclair sur sa terre natale.

Pour ceux qui ne vous connaissent pas, comment pouvez-vous nous présenter Kaïs Melliti ?

Kaïs Melliti, jeune homme de 28 ans, compositeur, arrangeur, réalisateur et musicien. Je vis à Paris depuis l’âge de 18 ans. Je suis originaire de l’île de Djerba que d’ailleurs j’aime énormément, mais malheureusement à cause de mes engagements professionnels je n’ai pas la chance de la visiter que deux ou trois fois par an pour une très courte durée.

J’ai débuté dans le domaine musical dans un conservatoire qui porte le nom d’ARPEGE. Ensuite, j’ai poursuivi mes études universitaires en musicologie à l’Université Paris VIII.

En quoi consistent tes activités musicales professionnelles dernièrement ?

Pour commencer, j’ai joué dans des festivals de référence tels que Rio Loco à Toulouse, Salam Orient à Vienne, Paleo en Suisse, le festival World Music de Naples, Forum à Barcelone et pleins d’autres.
D’un autre côté, j’ai participé avec plusieurs artistes de grande renommée internationale notamment Saber Rebaï pour lequel j’ai arrangé et conçu un tube qui porte pour titre « Achiri El Ghali ». Par ailleurs, j’ai composé et arrangé plusieurs titres de l’album Marra des BOUKAKES. J’ai aussi accompagné plusieurs artistes comme Lâam, Cheb Khaled, Faudel et plusieurs autres.
Finalement, j’étais présent sur pas mal de plateaux de télé, récentes Vivement Dimanche sur France 2 et Miss France sur TF1.

Présente-nous ton projet DJERBA INTERNATIONAL.

L’histoire, en fait, remonte aux années 90. À l’époque, je vivais à Djerba et j’adorais toutes les musiques traditionnelles que tout le monde là-bas connaissait par cœur, je cite Hbib, Hiloula, Khalgi et beaucoup d’autres. En 2001, je débarque à Paris et je me lance dans le domaine musical. Grâce à mon travail dans les studios, j’ai rencontré des musiciens de la scène parisienne et tous viennent d’horizons musicaux très différents : jazz, rock, funk, soul, rai… Très rapidement, nous nous sommes rassemblés et l’idée de la fusion a commencé à prendre forme, ce qui fait qu’au total on obtient un mélange subtil de jazz, de funk, de groove, de rock fusionné avec le patrimoine musical populaire tunisien et spécialement de Djerba.

Présente-nous les membres de Djerba International ?

Jérôme Boumendil à la guitare, Raouf Maher au chant qui d’ailleurs est le lauréat du concours du Festival de la Chanson Tunisienne en 2007, Maamoun Dehane à la batterie, Jeff Tekeyan à la guitare basse, Julien Raffin, flûte et sax, Patrice Lerech qui joue de la trompette, Yassine Ayari qui s’occupe du nay et de la ghaïta, Fabien Cyprien au trombone, Zied Zouari au violon et finalement moi au clavier, au oud et à l’accordéon (rires). Comme tu vois, c’est un grand mélange de nationalités et d’orientations musicales qui nous permettent d’obtenir un mariage de styles et un excellent arrangement sans pour autant toucher à la ligne mélodique des titres originaux.

Parle-nous de ton nouvel album.

En fait, l’album possède une très longe histoire (rires). On a débuté l’enregistrement de l’album, et on a rencontré quelques problèmes de droits d’auteurs. Donc, on n’avait pas un truc qui nous encourageait à poursuivre notre travail. D’un autre côté, on avait un problème de financement car on ne possède pas en Tunisie une base de production solide. D’ailleurs, c’est très dommage. Par contre en France, ce genre de projet est encouragé à l’aide de subventions, de petites sommes allant de 5000 à 10000 euros. C’est pour ces raisons principalement qu’on a retardé plusieurs fois la date de sortie de l’album. Donc, on a été obligés de financer personnellement notre projet. Au bout du compte, on est arrivés au bout de l’enregistrement. Donc, l’album sera en vente très prochainement en France, chez la fnac et quelques autres distributeurs, sinon il est possible de se le procurer à l’occasion de nos concerts.
D’ailleurs en ce moment, nous avons un deuxième album en cours de préparation et on vous réserve une très belle surprise quand à l’invité qui participera à quelques titres. Vous aurez plus de grands détails très bientôt (rires).

Comment tu collabores avec les artistes tunisiens en Europe ? Est-ce que tu es en contact avec certains ?

J’entretiens de bonnes relations avec les artistes tunisiens en France, on se connaît pas mal. J’assiste parfois à leurs prestations à Paris et de temps en temps, on collabore sur un projet ou pour un travail en studio.

Qu’en est-il de ton expérience dans le domaine de la composition musicale pour le cinéma ?

J’ai composé et réalisé la musique d’un film français intitulé « Pour l’amour de Dieu » en collaboration avec Kien Production et ARTE ainsi qu’avec le compositeur Vincent Stora avec qui j’ai travaillé en tant qu’auteur, compositeur et arrangeur sur de nombreux courts-métrages. J’ai aussi pas mal collaboré avec le réalisateur arrangeur Jean-Jacques Hertz pour des musiques de films.

Un petit mot pour la fin. Un message que tu aimerais véhiculer ?

J’aimerais dire pour commencer que je suis très heureux d’être ici en Tunisie même si c’est pour un travail, ça me fait toujours chaud au cœur de rentrer chez moi, dans mon pays. D’autre part, j’aimerais passer un message aux autorités responsables des activités culturelles en Tunisie, j’aimerais les exhorter à prévoir des fonds pour subventionner et encourager les jeunes talents musiciens et leur offrir la chance de se produire sur scène et de débuter une carrière artistique dans leur pays, car tu vois, durant les années que j’ai passées en France, j’ai assisté et participé à de nombreuses prestations artistiques et j’ai toujours remarqué que la Tunisie est très faiblement représentée, et c’est vraiment dommage car notre musique populaire tunisienne est vraiment un trésor qu’il faudrait partager.

Entretien réalisé par Riadh Matar à Tunis, le 02 août 2011.
(Traduit de l’arabe par Rami Ftouhi)


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